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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Culturopoing : "Le contrôle cinématographique en France est un ouvrage indispensable, à la fois clair et approfondi, méticuleux et exaltant."

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 24 Mars 2015, 07:38am

Catégories : #le contrôle cinématographique

Culturopoing : "Le contrôle cinématographique en France est un ouvrage indispensable, à la fois clair et approfondi, méticuleux et exaltant."

Vincent Roussel chronique Le contrôle cinématographique sur culturopoing.com :

Le contrôle cinématographique en France est le fruit de l’union improbable entre la rigueur du juriste et la fougue du passionné de cinéma bis et d’exploitation. En effet, Christophe Triollet est juriste de formation et depuis de longues années, il étudie la réglementation du cinéma. Par ailleurs, il est le rédacteur en chef d’un fanzine de très haute tenue, Darkness magazine, qui consacre régulièrement de copieux dossiers à la censure sous toutes ses formes.

C’est sans doute cette double casquette qui rend l’ouvrage aussi passionnant. Alors que le lecteur pouvait légitimement craindre l’accumulation indigeste d’arrêtés, de décrets, de délibérations dans un ouvrage de ce genre, Triollet a le talent de rendre tous ces textes juridiques vivants sans se départir pour autant de la rigueur nécessaire à ce type d’exposé.

Il faut dire que la censure est une question qui intéresse tous les cinéphiles en ce sens qu’elle est un révélateur des limites qu’une société se fixe et de la manière dont l’art interroge ces limites, les transgresse. Elle permet également d’appréhender l’évolution des mœurs et le degré de permissivité qu’une société peut tolérer. Il est assez frappant de lire dans l’essai un entretien de 1993 avec Jean-François Théry qui fut président de la Commission de classification de 1981 à 1994. Son discours est plutôt libéral, précisant que le travail de la Commission n’est pas de censurer les films mais d’élaborer une classification permettant aux spectateurs d’aller voir les films en ayant une idée de leur contenu. Pourtant, lorsqu’il évoque la question de l’homosexualité à l’écran, ses paroles semblent anachroniques, notamment lorsqu’il évoque un possible « danger pour la jeunesse », ajoutant ensuite qu’ « il y a une homosexualité naturelle et une homosexualité culturelle, qu’il y a une homosexualité « prosélyte et triomphante » et une homosexualité de refuge. » ! A travers ces paroles, on mesure le chemin parcouru quant à la représentation de l’homosexualité à l’écran qui, en 1993, n’était pratiquement admise que dans le cadre strictement limité de la pornographie !

Après avoir dressé un panorama historique très complet de l’évolution du contrôle cinématographique en France (de l’interdiction de toute représentation cinématographique de la quadruple exécution capitale à Béthune en 1909 jusqu’à la possibilité d’interdire tout spectacle contraire à la dignité de la personne humaine, de la mise en place progressive d’un contrôle d’État en passant par le pouvoir d’interdire des maires selon les « circonstances locales »…) ; Christophe Triollet revient en détail sur les domaines particulièrement sensibles en terme de contrôle, que ce soit le sexe, la religion, la violence ou encore la politique.

Si l’on peut estimer que la « censure politique » qui interdisait les films de René Vautier ou Le petit soldat de Godard a aujourd’hui disparu, « le sexe et la violence ont fortement influencé les décisions de la Commission et constituent encore avec la religion, les principales sources de contestations, de reproches et d’actions engagées contre le cinéma. ».

Là encore, l’exposé de Triollet est parfaitement clair et passionnant, revenant avec précision sur la libéralisation progressive du cinéma et l’épineuse question de la pornographie qui, au cours de l’année 1975, va connaître un essor considérable et vivre une époque glorieuse « entre deux censures ». Ce sera alors l’adoption de la « loi X » qui condamne ce type de productions aux circuits spécialisés et à un matraquage fiscal. Puis en 2001, c’est l’affaire Baise-moi qui réintroduit en France l’interdiction aux moins de 18 ans, réservée depuis 1990 aux seuls films pornographiques.

L’auteur expose avec justesse tous les enjeux du sexe à l’écran et revient sur la difficile appréciation pour le législateur de trancher entre ce qui est « indécent » et ce qui est « obscène » (selon la terminologie adoptée aux États-Unis). A travers les exemples d’affaires récentes (Ken Park, Clip, Nymphomaniac, La vie d’Adèle…), il évoque les problèmes posés par la représentation du sexe à l’écran, surtout lorsqu’il met en scène des personnages mineurs ou des actes non simulés dans le cadre d’un film non pornographique. De la même manière, si la pornographie est tolérée dans un certain cadre, Triollet pose le problème des « perversions » (zoophilie, nécrophilie…) et montre une fois de plus la difficulté de légiférer lorsque le cinéma franchit les limites communément admises.

[...]

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