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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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L'interdiction de Saw 3D aux moins de 18 ans : la fin des films gore en salles ?

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 1 Juin 2015, 20:43pm

Catégories : #saw 3D, #censure, #mineurs, #interdiction

L'interdiction de Saw 3D aux moins de 18 ans : la fin des films gore en salles ?

Mis à jour le 4 juin 2015.

Progressivement, les assauts répétés de l'Association Promouvoir devant le juge administratif lui ont permis d'imposer un durcissement des critères de classification des films en France. Après sa réussite devant le juge des référés du tribunal administratif de Paris, en janvier et février 2014, afin d'obtenir des restrictions plus sévères pour les deux volumes de Nymphomaniac (2013) de Lars von Trier, le ministre a interdit le 9 mars dernier Nymphomaniac volume 1 aux mineurs de 16 ans (au lieu de 12 ans initialement), et Nymphomaniac volume 2 aux mineurs de 18 ans (au lieu de 16 ans) pour se conformer aux ordonnances du juge Heu ; Promouvoir vient d'obtenir l'annulation du visa d'exploitation du film Saw 3D : chapitre final (2010, Kevin Greutert), le Conseil d’État estimant le 11 mai 2015 que l'interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement décidée par le ministre de la Culture en 2010, était insuffisante.

Le sexe et la violence sont désormais (mal)traités à égalité

A l'instar du sexe, le Conseil d’État exige dorénavant du ministre que la violence au cinéma fasse plus systématiquement l'objet d'une interdiction aux moins de 18 ans lorsqu'elle dépasse certaines limites, comme dans le cas dans Saw 3D : chapitre final alors qu'en juillet 2013, la cour administrative d'appel de Paris avait validé l'interdiction aux moins de 16 ans du film en expliquant que « si des personnages sont soumis à des jeux et tués dans des conditions particulièrement atroces, ces scènes de très grande violence suivaient [...] les codes propres à la mise en scène des films d’horreur dits gore [...] leur caractère outrancier » permettant aux spectateurs de plus de 16 ans de relativiser « la représentation très réaliste des sévices infligés ». Un raisonnement cohérent écarté par le Conseil d’État pour lequel les « nombreuses de scènes de très grande violence, filmées avec réalisme et montrant notamment des actes répétés de torture et de barbarie » ne pouvaient conduire le ministre qu'à interdire le film à tous les mineurs. Comme au Royaume-Uni.

Le Conseil d’État désavoue ici le travail de la commission de classification des œuvres cinématographiques pourtant composée de professionnels du cinéma, de jeunes, de médecins, de spécialistes de l'enfance et de la jeunesse, ou encore des représentants de différents ministères dont celui de la Famille.

Alors que la Commission de classification a toujours expliqué qu'elle s'efforçait de juger une œuvre dans son ensemble, que « [...] l’invraisemblance et l’aspect peu réaliste de certaines scènes, l’humour qui introduit la distance, un spectacle volontairement grandguignolesque, ce qui est d’évidence parodique ou relève manifestement du conte ou de la fable » étaient pris en compte pour la détermination d'un niveau de restriction et l'attribution d'un visa d'exploitation, la Haute juridiction semble balayer tout recul, en exigeant la plus grande sévérité à l'encontre des films comportant des scènes de « très grande violence » sans toutefois les définir.

Mais comment différencier un film de grande violence (interdit aux moins de 16 ans) d'un film de très grande violence (interdit aux moins de 18 ans) ? Difficile. En réalité, il semble que le Conseil d’État ait comparé la motivation littérale du ministre décidée pour le film Saw 3D : chapitre final avec l'article R.211-12 du Code du cinéma et de l'image animée qui prévoit l'interdiction aux moins de 18 ans pour les œuvres comportant des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence mais qui, par la manière dont elles sont filmées et la nature du thème traité ne justifient pas une inscription sur la liste des films à caractère pornographique ou incitant à la violence. Ainsi pour le juge, le libellé de l'avertissement accompagnant l'interdiction aux moins de 16 ans expliquant aux spectateurs que Saw 3D : chapitre final comporte « un grand nombre de scènes de torture particulièrement réalistes et d’une grande brutalité, voire sauvagerie » suffisait à caractériser la très grande violence du film, donc son interdiction à tous les mineurs. Si l'on suit ce raisonnement, le film Saw (2004) de James Wan, comportant des « scènes de très grande violence, sadisme, torture mentale et physique à la limite du supportable » (selon la Commission) aurait également dû être interdit aux moins de 18 ans comme des dizaines d'autres chaque année jusqu'à présent interdits aux spectateurs de 12 ou 16 ans. Une époque révolue ?

Ce soir, Saw III (2006, Darren Lynn Bousman) n'est donc plus le seul film d'horreur interdit aux moins de 18 ans depuis 1981.

Ajoutons que l'annulation du visa d'exploitation de Saw 3D : chapitre final entraîne dans son sillage l'interdiction de proposer à la vente le DVD du film aux mineurs, la loi du 17 juin 1998 modifiée en 2007 obligeant les éditeurs à se conformer aux décisions ministérielles de classification lorsqu'elles existent. Le film ayant été interdit aux moins de 16 ans en 2010, tous les exemplaires du film distribué en vidéo (DVD et Blu-ray), estampillés "interdit aux -16 ans", vont donc devoir être ré-étiquetés "interdit aux -18 ans".

Cette décision est-elle si importante ?

Dans le cas de Saw 3D, le tribunal administratif et la cour administrative d'appel ont été censurés par la juridiction suprême. Une première qui pourrait faire jurisprudence alors que les dernières affaires (Nymphomaniac) concernaient de simples ordonnances de référé, rendues par un juge seul et dans l'urgence, au niveau du tribunal administratif.

Avec cette décision rendue publique le 1er juin 2015, le Conseil d’État annonce le grand retour des films d'horreur interdits aux moins de 18 ans ou plutôt... la fin progressive des films d'horreur un peu trop gore ou un peu trop violents en salles et collatéralement, la mort définitive de ce type de productions déjà rares, en France.

L'affaire fait-elle une publicité formidable pour les films d'horreur ?

Depuis la publication de l'affaire, on peut lire ici et là que la décision du Conseil d’État relayée par la presse offre une tribune sans précédent à Saw 3D, certains rappelant pour l'occasion les 700 000 entrées de Saw III pourtant interdit aux moins de 18 ans en 2006.

Ce résultat exceptionnel ne reflète pas la réalité économique du cinéma de genre comme le rappelle "statistiquement" la Commission de classification dans son dernier rapport d'activité puisque sur les 42 longs et courts métrages interdits aux moins de 16 ans entre 2010 et 2012, aucun n'a dépassé les 100 000 entrées au cours de la première semaine d'exploitation si l'on excepte Le Dernier exorcisme avec 269 260 entrées pour 196 copies. Seuls deux autres films, distribués avec plus de 100 copies la première semaine, ont fait autour de 10 000 entrées : Maniac (9 471 entrées avec 131 copies) et The Raid (10 104 entrées avec 104 copies). Par ailleurs, les 19 films français interdits aux moins de 16 ans entre 2010 et 2012 ont été distribués en France avec en moyenne 13,6 copies par film (en excluant Maniac) quand, dans le même temps, les productions françaises classées « tous publics » ont bénéficié de plus de 400 copies. Enfin, le rapport précise que sur les 346 films visionnés en assemblée plénière durant la même période « les longs métrages soumis à des interdictions aux mineurs de moins de 16 ans et plus, ont été majoritairement des films français et étrangers non américains (35 contre 3 pour les américains). […] sans doute le cinéma américain évite-t-il de produire des films risquant d'être classifiés moins de 16 ans. » Une situation qui risque dorénavant de s'étendre aux films de genre "made in France" susceptibles d'être interdits aux moins de 18 ans.

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