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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Le documentaire Salafistes, censuré ce vendredi à Biarritz, sera-t-il interdit aux moins de 18 ans lundi prochain par Fleur Pellerin ?

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 22 Janvier 2016, 15:45pm

Catégories : #salafiste, #fipa, #censure, #biarritz, #interdiction, #pellerin, #18 ans

Le documentaire Salafistes, censuré ce vendredi à Biarritz, sera-t-il interdit aux moins de 18 ans lundi prochain par Fleur Pellerin ?

Le documentaire Salafistes (2015, Lemine Ould M. Salem et François Margolin), dont la sortie au cinéma est programmée dans une vingtaine de salles le 26 janvier 2016, propose « des entretiens avec des hommes dont la France combat les disciples depuis janvier 2013 au Mali » sur fond d'images violentes extraites de la propagande djihadiste, rapporte Joan Tilouine dans un article intitulé « Salafistes, le documentaire qui a inspiré Timbuktu » publié sur le site du journal Le Monde le 15 décembre 2015. « Le projet est de faire entendre la parole de ces salafistes, leur idéologie et comment cela peut mener au terrorisme », expliquait alors François Margolin, l'un des deux réalisateurs, et d'ajouter : « Nous avons choisi d’écouter des propos qu’on ne veut pas entendre de la part de ceux qui nous font la guerre et de laisser les spectateurs se faire leur propre idée. » Pourtant, les mots prononcés devant la caméra peuvent légitimement choquer : « Mohamed Merah est un fruit épineux que la France a cultivé, ce qu’a fait Merah sert la cause des musulmans [...] Quand un musulman tue un juif, ce n’est que justice. Ce qu’a fait Amedy Coulibaly est parfaitement légitime », affirme ainsi Mohamed Salem Madjissi, un jeune imam officiant en Mauritanie.

Sur près de 70 minutes, la parole est donnée aux salafistes, sans aucune explication. Dans un entretien accordé à Mathieu Dejean pour lesinrocks.com le 20 décembre 2015, à la question « En leur donnant la parole sans commentaire, ne craignez-vous pas de leur donner une tribune ? », les deux réalisateurs répondaient : « Nous nous sommes posés la question, d’où l’insertion de certaines scènes où des personnes leur tiennent tête : l’un en fumant sa clope à Tombouctou, l’autre en sortant sans voile à Gao sous l’occupation de Mokhtar Belmokhtar. Il y a aussi une scène avec un vieil arabe malien qui explique qu’il a conservé sa pipe alors que la police islamique voulait lui confisquer, car fumer est interdit. Ces actes de résistance infimes sont très importants. [...] c’est plus fort que si nous avions fait intervenir un universitaire. » Mais tout cela est-il suffisant ?

Présenté hier en avant-première au Festival international des programmes audiovisuels (FIPA) de Biarritz, où il a créé la polémique – la direction du festival décidant in extremis d'interdire au public la projection du documentaire en limitant sa présentation aux seuls professionnels et journalistes accrédités –, Salafistes vient de faire l'objet d'une proposition d'interdiction aux moins de 18 ans avec avertissement adressée à la ministre de la Culture par la commission de classification des œuvres cinématographiques, comme nous le révèle aujourd'hui Mathilde Blottière sur telerama.fr : « Cet avis rarissime, réservé aux œuvres considérées comme pornographiques ou ultra-violentes, la Commission de classification des films l'a rendu mardi sans tenir compte du rapport préalable de son comité : chargé de visionner les films en premier instance, celui-ci avait majoritairement recommandé une autorisation tous publics assortie d'un avertissement. » L'article nous apprend que « la volonté de restreindre l'exposition du film, voire de l'anéantir, émane du représentant à la Commission du ministère de l'intérieur. Lequel aurait carrément réclamé l'interdiction pure et simple de Salafistes » pour apologie du terrorisme, et atteinte à la dignité humaine.

Au nom de la liberté d'expression, un documentaire peut-il donner la parole à des terroristes, à des ennemis de la France, et sortir en salles en plein état d'urgence ? Même si la situation n'est absolument pas comparable, l'affaire peut rappeler certaines décisions d'interdiction prises par le ministère de l'intérieur durant l'état d'urgence en pleine guerre d'Algérie. L'interdiction totale des films de René Vautier, tel le documentaire Une nation, l'Algérie (1954), ou celle du film Le Petit Soldat (1960) de Jean-Luc Godard, en sont les illustrations. Toutefois, précisons que contrairement aux dispositions de la loi d'urgence votée en mai 1958, celle de novembre 2015 n'étend pas le pouvoir de contrôle du ministre de l'intérieur et des préfets à la presse et aux projections cinématographiques (faculté initialement prévue à l'article 11-2° de la loi du 3 avril 1955).

En attendant, le documentaire continue de créer le scandale à Biarritz. En effet, Olivier Milot nous révèle cet après-midi sur telerama.fr, qu'une nouvelle projection – cette fois-ci ouverte au public – organisée par le FIPA ce vendredi à 16h30, aurait fait l'objet d'une demande d'annulation formulée dans la matinée par France Télévisions, co-producteur du film. Une demande rejetée par la direction du festival « moyennant deux aménagements : le floutage – avec l'accord des réalisateurs – d'une séquence de 8 secondes où l'on voit l'exécution d'Ahmed Merabet, le policier tué devant les locaux de Charlie Hebdo, et un filtrage à l'entrée de la salle pour ne laisser accéder que les spectateurs âgés de plus de 18 ans ».

L'AFP nous apprend ce soir que, dans un courrier adressé aujourd'hui à la ministre de la Culture, le réalisateur François Margolin a finalement cédé à l'autocensure, indiquant qu'il allait modifier la scène qui a posé problème : « J'ai décidé, pas à cause de la commission du visa, mais par respect pour la famille qui me l'a demandé, de couper une partie du lâche assassinat du policier boulevard Richard Lenoir par les frères Kouachi, juste après l'attaque de Charlie. » Pas sûr que ce nouveau montage puisse satisfaire ceux qui dénoncent une incitation au terrorisme.

Fleur Pellerin, qui demandera sans doute un nouvel avis à la Commission de classification, devrait prendre position lundi 25 janvier 2016.

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