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CENSURE & CINEMA

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Collection Darkness, censure et cinéma


Nouvelle victoire de Promouvoir : sept ans après sa sortie en salles, le visa d'Antichrist est annulé !

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 3 Février 2016, 15:46pm

Catégories : #antichrist, #lars von Trier, #censure, #cinéma, #18 ans, #16 ans

On vient d'apprendre par une dépêche de l'AFP, l'annulation du visa d'exploitation d'Antichrist (2009, Lars van Trier)... déjà interdit à trois reprises par le ministre de la Culture ! Ainsi, sept années après sa sortie en salles, il semble que la cour administrative d'appel de Paris ait estimé que l'interdiction aux moins de 16 ans décidée par Frédéric Mitterrand en 2009, puis Aurélie Filippetti en 2012, était insuffisante en raison de « scènes de très grande violence » et « de sexe non simulées » imposant une interdiction à tous les mineurs. Un raisonnement parfaitement cohérent avec la jurisprudence récente du Conseil d’État qui, depuis l'annulation des visas d'exploitation de Saw 3D : chapitre final (2010, Kevin Greutert) et de Love (2015, Gaspar Noé) estime qu’en l’état actuel du droit, un film qui comporte des scènes de sexe non simulées ou des scènes de très grande violence doit nécessairement être interdit aux moins de 18 ans en application de l'article R. 211-12 du Code du cinéma et de l’image animée, sans préjudice d'un classement sur la liste des œuvres à caractère pornographique, selon les cas.

En attendant d'avoir accès à la décision, rappelons l'aventure juridique du film de Lars von Trier, en reproduisant un extrait du livre Le contrôle cinématographique en France (Christophe Triollet, L'Harmattan, février 2015) :

Le 2 juin 2009, Frédéric Mitterrand décide de suivre l'avis de la Commission et interdit Antichrist aux mineurs de 16 ans en raison de son « climat de violence ». Contestant la décision ministérielle, les associations Promouvoir, Action pour la dignité humaine et le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine forment un recours devant le Conseil d’État : « Ce visa ne prévoit en effet qu’une interdiction aux moins de 16 ans, sans avertissement, alors qu'un décret a réinstauré la possibilité d’une interdiction aux mineurs de 18 ans, qui soit compatible avec les termes mêmes de l’article 227-24 du Code pénal. Or, plusieurs scènes, dont la masturbation sanglante de l’acteur par l’actrice, ou le sectionnement avec une vieille paire de ciseaux du clitoris de l’actrice par elle-même, filmées en gros plan, sans parler des autres scènes (masturbation féminine non simulée, strangulation appuyée, percement de la jambe de l’acteur au moyen d’une vielle vrille à bois pour introduire dans la plaie le moyeu d’une meule en pierre), auraient mérité le classement X ou à tout le moins l’interdiction aux moins de 18 ans. » Le juge administratif fait droit à leur demande et annule le visa ministériel le 25 novembre 2009 estimant que le ministre n'a pas suffisamment motivé sa décision en ne précisant pas en quoi la violence visée justifiait un tel niveau d'interdiction : « Le ministre se trouve à nouveau saisi de la demande de visa d’exploitation présentée par les producteurs du film. Il devra prendre une nouvelle décision, le cas échéant identique, mais motivée de manière suffisante. Dans l’attente de cette nouvelle décision, le film Antichrist est dépourvu de visa d’exploitation et ne peut donc plus faire l’objet de projection en salles. » Dès le lendemain, Frédéric Mitterrand délivre un nouveau visa comportant toujours l'interdiction de représentation aux mineurs de 16 ans motivée par les « quelques brèves scènes de sexe non simulées » et « d'autres séquences » traduisant « la violence des rapports entre les deux personnages ». Les 21 et 25 janvier 2010, les associations Promouvoir et Action pour la dignité humaine contestent de nouveau la décision du ministre. Le 29 juin 2012, le Conseil d’État annule pour la seconde fois le visa ministériel expliquant que l'interdiction aux mineurs de 16 ans manque toujours de véritable motivation, le « climat de violence » n'étant pas clairement caractérisé. Plus exactement, le Conseil d’État censure le fait que le ministre s'est appuyé sur l'avis insuffisamment motivé de la Commission. Sans visa d'exploitation, Antichrist est de nouveau interdit de projection dans les salles françaises. Le 3 août 2012, Aurélie Filippetti décide de suivre, une nouvelle fois, l'avis initial de la Commission de classification, ajoutant que les « brèves scènes de sexe non simulées » et les séquences traduisant « la violence des rapports entre les entre les deux personnages » ne justifient pas une interdiction aux mineurs de moins de 18 ans « en raison du fait qu'elles n'occupent qu'une place limitée dans le film et se déroulent dans une atmosphère qui en relativise la portée. » Estimant qu'il appartient à la Commission de proposer un avis complet et suffisamment motivé permettant au ministre de prendre sa décision « au regard des nécessités de la protection de l'enfance et de la jeunesse, du respect de la dignité humaine et de la liberté d'expression » dont il a la charge, le juge administratif a donc affirmé sa volonté de contrôler si la limitation portée à la liberté d'expression que constitue toute mesure restreignant la diffusion d'une œuvre cinématographique, est justifiée.

Mais l'affaire n'en est donc pas restée là, puisque si la motivation de l'interdiction aux moins de 16 ans du film est aujourd'hui suffisamment détaillée...

« La Commission propose une interdiction aux mineurs de moins de seize ans car ce film comporte quelques brèves scènes de sexe non simulées tandis que d'autres séquences traduisent la violence des rapports entre les entre les deux personnages. Elles ne justifient pas une interdiction aux mineurs de moins de dix huit ans en raison du fait qu'elles n'occupent qu'une place limitée dans le film et se déroulent dans une atmosphère qui en relativise la portée. »

…il semble que, cette fois-ci, le juge sanctionne la contradiction entre son contenu, et l'interdiction finalement proposée par la ministre. On se souvient en effet que dans l'affaire Saw 3D, le juge avait déjà comparé la motivation littérale de l'interdiction avec l'article R.211-12 du Code du cinéma et de l'image animée. Ainsi pour le juge, le libellé de l'avertissement accompagnant l'interdiction aux moins de 16 ans expliquant aux spectateurs que le film Antichrist comporte « quelques brèves scènes de sexe non simulées tandis que d'autres séquences traduisent la violence des rapports entre les entre les deux personnages » impose nécessairement son interdiction à tous les mineurs.

En attendant d'avoir accès à la décision de la cour administrative d'appel de Paris, on ne peut que souligner la nécessité de réviser rapidement le dispositif de classification pour ce type d’œuvres cinématographiques. Enfin, rappelons que Jean-François Mary vient de formuler des propositions à Fleur Pellerin en ce domaine. Des propositions qui n'ont pas encore été rendues publiques.

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