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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Promouvoir va contester devant le juge l'interdiction aux -12 ans avec avertissement attribuée aux Huits Salopards de Tarantino

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 4 Février 2016, 22:02pm

Catégories : #Les Huit salopards, #promouvoir, #censure, #interdiction, #12 ans, #visa

Dans un entretien accordé à la revue Darkness, à paraître prochainement, Maître André Bonnet annonce que l'association Promouvoir va contester devant le tribunal administratif de Paris le visa d'exploitation accordé au film Les Huit salopards (2015, Quentin Tarantino) comportant une interdiction aux spectateurs de 12 ans avec avertissement.

Darkness : Quels sont les recours administratifs, en cours et à venir, que vous suivez pour les deux associations que vous représentez [Promouvoir et Action pour la dignité humaine], et quelles œuvres cinématographiques concernent-ils ?

André Bonnet : Parmi les films repérés par l’association, je vois à l’heure actuelle Bang Gang et Les Huit Salopards. Mais il faudra bien que cet affrontement stérile prenne fin un jour. C’est en tout cas le vœu d’un avocat qui s’use dans un contentieux complexe, technique et qui rebondit sans cesse.

Contacté aujourd'hui, le conseil de l'association Promouvoir, qui a assisté à la projection du film hier au soir, nous précise :

[attention Spoilers]

« L’interdiction aux seuls moins de 12 ans est presque plus scandaleuse pour ce film que pour Bang Gang. Le film comporte plusieurs scènes inadmissibles : notamment la très longue séquence où l’un des protagonistes raconte dans le détail (images à l’appui), au père d’un général sudiste, qu’il a obligé le fils de ce dernier à lui « sucer sa bite bien chaude et gorgée de sang, fourrée d’un coup jusqu’au fond du gosier, des minutes durant et jusqu’au bout » en échange d’une couverture contre le froid (le sudiste en question, qui voulait tuer le narrateur pour une prime, avait été fait prisonnier, puis contraint de marcher nu dans la neige et le froid des heures durant, avant de s’écrouler quasi mort et de se voir proposer ce marché). Naturellement la couverture n’est pas donnée et le prisonnier est assassiné d’une balle une fois son « travail » terminé. Le tout sur fond d’affrontement Noir-Blanc, puisque le narrateur est un Noir et le sudiste, évidemment, un méchant Blanc, dont l’humiliation extrême est présentée comme celle de « sucer un Noir ». D’autres scènes sont de pure violence, complaisante et gratuite (tête éclatée avec cervelle explosant sur le visage de la sœur du personnage assassiné, sang omniprésent de manière certes gore, mais surtout cynique, vieil homme poignardé sauvagement, scène d’empoisonnement avec personnages crachant sang et boyaux, main découpée au couteau pour libérer une chaîne de menottes, pendaison artisanale, etc.). Le tout, encore une fois avec complaisance et cynisme. Bref un film gravement choquant pour les jeunes adolescents, dont toute la seconde partie est fondée sur cette violence (1 heure 30 tout de même), tandis que la première traîne en longueur, même si elle est censée vouloir donner le ton de la bassesse (totalement fantasmée) de tous les protagonistes. »

Une probabilité que nous avions exposée, ici-même, le 24 décembre 2015.

Alors que Les Huit Salopards (The Hateful Eight, 2015) a été interdit aux moins de 18 ans au Royaume-Uni, en Australie, au Canada, en Irlande, en Corée du Sud, et aux États-Unis pour les mineurs non accompagnés (un classement R) à cause des très nombreuses scènes de violence, la France a autorisé la représentation du dernier film de Quentin Tarantino, projeté en salles le 6 janvier 2016, aux spectateurs de plus de 12 ans avec un simple avertissement précisant que "certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public jeune."

Mais voilà, si l'on se réfère à l'annulation du visa d'exploitation de La Vie d'Adèle chapitres 1 et 2 décidée par la cour administrative d'appel de Paris le 10 novembre dernier (décision publiée le 8 décembre 2015) qui reprochait au ministre d'avoir interdit sa représentation aux seuls mineurs de 12 ans malgré la publication d'un avertissement indiquant aux spectateurs que "plusieurs scènes de sexe réalistes sont de nature à choquer un jeune public", il y avait tout lieu de s'inquiéter du sort réservé par Promouvoir au visa accordé au film Les Huit Salopards. On se souvient en effet que, concernant le film d'Abdellatif Kechiche, la Cour d'appel avait expliqué qu'après avoir elle-même identifié des "scènes de sexe réalistes [...] de nature à choquer un jeune public", la ministre devait en tirer les bonnes conclusions en protégeant plus efficacement les jeunes spectateurs. Les juges en avaient alors déduit que la ministre ne pouvait pas se contenter d'interdire La Vie d'Adèle aux seuls mineurs de 12 ans. L'affaire est toujours en cours.

Les juges étant désormais disposés à évaluer la possible contradiction entre la décision du ministre, notamment dans la motivation de sa décision de classification, et le niveau d'interdiction finalement attribué, la décision du 2 février 2016 concernant Antichrist venant une nouvelle fois de le montrer - même si dans le cas du film Les Huit salopards, la Commission se réfère à "certaines scènes" alors que par exemple dans Kill Bill vol. 1 (2013, Quentin Tarantino) elle mentionnait "une succession ininterrompue" pour l'interdire aux moins de 16 ans -, et sachant que l'association Promouvoir cible autant à la violence que le sexe au cinéma (l'affaire Saw 3D : chapitre final nous l'ayant démontré), l'action engagée par Maître Bonnet n'a donc rien d'étonnant et risque, une fois de plus, d'aboutir.

Promouvoir va contester devant le juge l'interdiction aux -12 ans avec avertissement attribuée aux Huits Salopards de Tarantino

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