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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Le rapport Mary pourrait conduire à interdire des documentaires tel Salafistes aux -18 ans

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 20 Juillet 2016, 08:47am

Catégories : #salafistes, #cinéma, #violence, #censure, #mineurs

Le rapport Mary pourrait conduire à interdire des documentaires tel Salafistes aux -18 ans

La décision du tribunal administratif de Paris du 12 juillet 2016, qui annule le visa d'exploitation n°141704 du 27 janvier 2016 accordé au film documentaire Salafistes (2015, Lemine Ould Salem et François Margolin) en tant qu'il est assorti d’une interdiction aux -18 ans, pose une question importante à la lecture de l'une des propositions formulées par Jean-François Mary, l'actuel président de la Commission de classification, dans son rapport sur la classification des œuvres cinématographiques relative aux mineurs de seize à dix-huit ans remis à Audrey Azoulay le 29 février dernier.

L'annulation du visa interdisant Salafistes aux mineurs

Revenons sur le raisonnement et la démonstration du tribunal administratif. Après avoir examiné le contenu du documentaire controversé et les arguments présentés par les parties, les juges ont annulé l'interdiction aux mineurs considérant que, contrairement aux termes de l'avertissement de la Commission précisant que le « film contient des propos et des images extrêmement violents et intolérants », Salafistes ne peut être analysé comme comportant des scènes caractérisant l’existence de « scènes de très grande violence » au sens de l’article R. 211-12-4°du Code du cinéma et de l’image animée. Le film sera donc très probablement interdit aux -16 ans par la ministre de la Culture dans les prochains jours comme expliqué sur ce blog le 13 juillet dernier.

Pourquoi le rapport Mary risque-t-il de remettre en question un tel raisonnement ?

L'article R-211-12-4° du Code du cinéma permet aujourd'hui de classer une œuvre en l'interdisant aux -18 ans lorsqu'elle « comporte des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence mais qui, par la manière dont elles sont filmées et la nature du thème traité, ne justifient pas » une inscription sur la liste des films à caractère pornographique ou incitant à la violence. C'est précisément cet alinéa que la ministre a visé en interdisant le documentaire aux mineurs et que, par la suite, le juge a censuré considérant que si le film comporte effectivement des scènes violentes, il ne comportait pas de scènes de « très grande violence ». C'est notamment sur ce point que le tribunal administratif a annulé la décision ministérielle. Or, l'une des propositions de Jean-François Mary consiste à modifier la rédaction actuelle de l'article R.211-12-4° pour lui préférer une autre formulation :

« Interdiction de la représentation aux mineurs de dix-huit ans, lorsque l’œuvre ou le document comporte sans justification de caractère esthétique des scènes de sexe ou grande violence qui sont de nature, en particulier par leur accumulation, à troubler gravement la sensibilité des mineurs, à présenter la violence sous un jour favorable ou à la banaliser. »

Observons que la « très grande violence », que le rapport propose de supprimer en la remplaçant par la « grande violence », permet actuellement de préserver les films de genre – ou des documentaires comme Salafistes – d'une interdiction automatique aux -18 ans, car il est en effet aujourd'hui admis qu'un film contenant des scènes de « grande violence » puisse être interdit aux seuls spectateurs de 16 ans. Or, si le libellé de l'interdiction aux mineurs évoluait demain, il y a tout lieu de craindre que les films d'horreur aujourd'hui interdits aux -16 ans pour « grande violence », tel le premier Saw, par exemple, soient demain systématiquement interdits aux moins de 18 ans. Un sort équivalent serait dès lors vraisemblable pour des documentaires de « grande violence » tel celui réalisé par Lemine Ould Salem et François Margolin, car il risque probablement d'être difficile de déceler des justificatifs de « caractère esthétique », ou d'expliquer que de telles scènes ne sont pas susceptibles de troubler gravement les spectateurs mineurs.

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