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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Le diable entre les jambes : Rocco risque-t-il une interdiction aux mineurs ?

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 25 Octobre 2016, 19:52pm

Catégories : #Thierry Demaizière, #Alban Teurlai, #rocco, #documentaire, #cinéma, #sexe, #interdiction, #censure

Mis à jour le 6 novembre 2016.

Je pose la télécommande et je réfléchis un instant au film que je viens de voir en avant-première. Je m'attendais à assister à la projection d'un documentaire racontant le parcours professionnel d'un acteur de film porno, et j'ai découvert à ma grande surprise une œuvre profondément humaine, étonnante et atypique, tant dans la construction narrative que dans la manière de montrer la vie d'un homme au destin surprenant. Car il s'agit bien de cela. L'histoire d'un homme que l'on observe évoluant parmi les siens, pétri de contradictions, torturé, à l’ego fluctuant, et qui porte un fardeau que la dernière partie du film va traduire plus clairement.

Plutôt que de se complaire dans un montage classique composé d'entretiens, de morceaux choisis et d'extraits de films retraçant linéairement la carrière de l'étalon italien, Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont préféré la difficulté, en commençant par livrer la fin de l'histoire, dès les premières minutes, pour ensuite convoquer le spectateur deux ans auparavant afin de lui faire vivre, un peu à la manière d'un road movie, les six-cents jours qui ont précédé la décision de Rocco Siffredi de mettre un terme à sa longue carrière de porn star. Une libération que les réalisateurs parviennent habilement à capturer, une montée progressive vers la délivrance qui nous offre de mieux comprendre la schizophrénie dont souffre Rocco depuis son plus jeune âge. Une soif presque quotidienne de sexe qu'il ne peut assouvir que dans la souffrance, la sienne et celles de ses partenaires, une douleur qui évolue jusqu'à se répandre aux limites de la folie. Magnifié par une photographie particulièrement soignée, le documentaire Rocco n'en est finalement pas un, tant il est éloigné des codes qui caractérisent le genre. Pas de commentaires, pas de nostalgie, juste des images et la confession d'un homme que la mort de sa mère a profondément meurtri.

Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont réussi à parler de Rocco Siffredi sans sombrer dans un voyeurisme à la finalité commerciale qu'il aurait été pourtant extrêmement facile d'organiser. Le sexe de Rocco – car il faut bien dévoiler ce qui a forgé sa célébrité internationale – nous est offert en gros plan, dès la toute première seconde, sans mise en scène, au repos et sous la douche, alors que l'homme est en pleine réflexion. Silencieusement, la caméra fixe le diable entre ses jambes. Un démon qui l'accompagne au quotidien et le soumet depuis plus de cinquante ans, mais un démon qui a cependant fait l'homme qu'il est devenu. Un pénis impressionnant qui n'a pas besoin d'être montré davantage à l'écran pour être présent tout au long du film.

Une œuvre touchante qui ne devrait pas être interdite aux spectateurs de plus de 16 ans, tant le discours et la qualité des images qu'elle propose sont dénués de gratuité. Rocco parvient à raconter avec intelligence l'histoire de l'homme dont le monde entier n'a vu que la queue.

Sortie en salles prévue en France le 30 novembre 2016

Le 3 novembre 2016, la Commission de classification a proposé au ministre de la Culture d'interdire Rocco aux mineurs de 16 ans en expliquant que : « ce documentaire, consacré au dernier film de la carrière de Rocco Siffredi, sans être un film pornographique, comporte un discours général, illustré par des scènes de tournage, sur les rapports de soumission entre les sexes, qui ne peut convenir aux adolescents. Une interdiction aux mineurs de moins de seize ans est, pour ce motif, justifiée. »

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