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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Sausage Party : considérant que les regards et mouvements de tendresse d’un tacos envers un pain à hot-dog ne présentent pas le caractère de scènes de sexe, le juge déboute Promouvoir

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 14 Décembre 2016, 21:54pm

Catégories : #censure, #cinéma, #sausage party, #promouvoir

Échanges surréalistes dans l'une des salles d'audience du tribunal administratif de Paris entre Madame Weidenfeld, le juge des référés, et André Bonnet : « Maître, sauf erreur, la bande-annonce contient la scène très violente d'épluchage de légumes que vous venez d'évoquer », et le célèbre avocat de l'association Promouvoir d'expliquer un peu plus tard au cours des débats, que la séquence finale du film d'animation Sausage Party est en réalité une véritable « orgie sidérante entre scènes de fellation, de sodomisation [...] où l'on voit un paquet de corn-flakes – un objet assez corpulent – assénant des mouvements de va-et-vient brutaux et demandant ''Tu aimes ça salope ?'' ». Pour sa part, Maître Molinié, l'avocat du ministère de la Culture, rappelant que « personne ne peut être confronté à un film contre sa volonté », a objecté que le film ne contenait pas de « représentation de sexe » mais « juste une activité sexuelle » présentée sur « le ton du grotesque » sans aucun caractère « réaliste ». Une argumentation en partie retenue et reprise par le juge.

Mercredi 14 décembre 2016, après avoir assisté la veille à la projection du film, et passés quelques effets de manche mémorables entre l'avocat de Promouvoir, également le conseil d'Action pour la dignité humaine, et celui du ministère de la Culture, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, statuant dans l'urgence - le film de Conrad Vernon et Greg Tiernan étant toujours à l'affiche - a finalement rejeté la requête visant à suspendre le visa d'exploitation avec interdiction aux mineurs de 12 ans accordé par Audrey Azoulay.

Ainsi, après s’être livré à une analyse détaillée des scènes critiquées, considérant notamment que « si une séquence, furtive, mime des relations sexuelles entre une boîte de gruau et une boîte de crackers, elle ne paraît pas, en l’état de l’instruction, figurer un viol à caractère raciste ; que l’aspiration par une poire à lavement du contenu d’une brique de jus de fruit ne peut être interprétée comme évoquant une agression à caractère sexuel […] ; que les regards et mouvements de tendresse d’un tacos envers un pain à hot-dog ne présentent pas le caractère de scènes de sexe », le juge administratif a estimé que le film ne diffusait pas un message à caractère violent et que les scènes à caractère sexuel ne visaient pas à corrompre les mineurs. En outre, considérant que la scène finale ''d'orgie'' qui se déroule dans un « univers imaginaire, d’ailleurs expressément présenté comme une ''illusion'' [...] ne peut être interprétée comme incitant le spectateur mineur à en reproduire le contenu », le juge en déduit que « Sausage Party ne peut être regardé comme diffusant un message à caractère violent, ou portant atteinte à la dignité humaine ou de nature à favoriser la corruption d’un mineur », et d'en conclure que le visa accordé n’avait pas à être complété par un avertissement, l’interdiction aux moins de douze ans, le titre, l’affiche et la bande annonce du film mettant « suffisamment en relief son caractère ''subversif'' et l'omniprésence des connotations sexuelles ».

L'ordonnance ne faisant droit que jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond par le tribunal, on attend désormais le jugement définitif qui devrait être rendu dans quelques semaines.

Qui a dit que le droit n'était pas amusant ?

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