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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

Le blog officiel de la nouvelle collection


Quel bordel à la Cinémathèque !

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 26 Février 2017, 17:24pm

Catégories : #censure, #cinéma, #pornographie, #sexe, #cinémathèque

Le vendredi 3 mars 2017 à minuit, La cinémathèque française proposera dans la fameuse salle Henri Langlois, une séance licencieuse présentée par Jean-François Rauger, entièrement consacrée aux films pornographiques des années 1920 projetés dans les maisons closes pour faire patienter les clients. La projection gratuite de ces courts métrages était en réalité destinée à préparer le client afin de provoquer en lui une excitation telle... que le temps passé en chambre était naturellement très diminué. Les affaires sont les affaires.

Sur le site en ligne de La cinémathèque, Daniel Brémaud nous met l'eau à la bouche :

« A partir des années 1850, il y a eu les photos pornographiques. Un vrai petit théâtre de la Belle Époque. Les photos, magnifiques, étaient faites par des professionnels en marge de leur activité officielle. La Première Guerre mondiale, la grande boucherie, amorce un changement. Le cinéma pornographique semble répondre à cette soif de vie. Après la Grande Guerre, c’est la bouffée d’oxygène, tout devient possible, tout devient permis. La barrière sociale est abolie. Tout se fait dans l’urgence car les corps pressentent que cela ne sera qu’un intermède. La mort est devenue industrielle mais le sexe est encore de l’ordre de l’amusement ; il n’est pas question ici de performance, de rentabilité, de spécialisation, de compartimentation. Dans ces films, le plaisir est champêtre. Cette bonne humeur préfigure l’état d’esprit de la vague des films pornographiques des années 1970. Dans un même film des années 1920 on peut rencontrer de l’homosexualité masculine et féminine, de la zoophilie, de légères fessées… C’est aussi le règne du poil, les toisons sont abondantes, les aisselles suintent, le règne de l’éternelle petite fille n’est pas encore arrivé.

L’apparition du format 9,5 mm en 1922 va faire exploser le marché, le grand public peut acheter des petits projecteurs et voir les films à domicile. Leur vente se fait par correspondance, à l’aide d’espaces publicitaires coincés dans des revues humoristiques et certainement aussi dans les arrière-boutiques de librairies, même si la police veille et fait la chasse. Pas de noms d’acteurs, de techniciens, de réalisateurs, rien qui permette vraiment de dater, les dates apposées ne sont qu’une indication. Les films se passent soit en décor naturel, soit en studio improvisé où la décoration est très rudimentaire. L’équipe de tournage est limitée ; les interprètes sont des amateurs, peut-être des prostituées. Mais le sens de la prostitution à l’époque est très large, ce sont aussi des femmes exerçant des petits métiers, couturières, fleuristes… Les déshabillages sont rapides, la gaine, le corset sont bannis. Le goût du travestissement, très fort, a été préparé par le théâtre qui se faisait sur le front pendant la guerre, une manière d’échapper à ce réel sanguinaire. »

67 minutes de projection sont donc réservées pour les spectateurs du soir, lesquels pourront découvrir À la fontaine (anonyme, France, 1925, 5 min), Cirque (anonyme, France, 1922, 8 min), Carnaval (anonyme, France, 1927, 5 min), La Cartomancienne (anonyme, France, 1927, 4 min), Hôtel Excelsior (anonyme, France, 1925, 5 min), La Voyeuse (anonyme, France, 1924, 9 min), Les Voyeurs (anonyme, France, 1925, 5 min), Une partie d'auto (anonyme, France, 1927, 4 min), Un heureux accident (anonyme, France, 1930, 6 min), La Tournée des grands ducs (anonyme, France, 1927, 7 min), Nudist-bar (anonyme, France, 1930, 9 min).

Profitons de l'occasion pour citer un extrait du livre Le contrôle cinématographique en France, et rappeler que les documentaires A History of the Blue Movie de Alex de Renzy (Anthologie du plaisir, 1974) pour les États-Unis, Un certain cinéma clandestin, édité en France en 1992 par Antarès et Travelling Productions avec l'aval du ministère de la Culture et du CNC ou, plus récemment, Polissons et Galipettes (Michel Reilhac, 2002), retracent habilement l'évolution des premiers films et dessins animés pornographiques réalisés au début du XXe siècle, diffusés clandestinement dans les maisons closes et les arrière-salles de certains bistrots. Il est stupéfiant d'y voir des scènes de fellation, de sodomie et même d'homosexualité masculine. Jusqu'en 1906, les catalogues de Pathé et Gaumont contenaient même un certain nombre de titres rangés sous la qualification « sujets grivois à caractère piquant » que les forains faisaient fructifier en communiquant sur les interdits et leur transgression. Dans son ouvrage Et le sexe entra dans la modernité, Frédéric Tachou raconte que le 24 avril 1917, le commissaire de police de Marseille signale au préfet des Bouches-du-Rhône la projection de films pornographiques dans trois maisons de tolérance de la ville, qu'il qualifie de « grossiers et orduriers au possible » et susceptibles d'être sanctionnés par la loi du 16 mars 1898 réprimant l'outrage aux bonnes moeurs. Dans une circulaire adressée aux préfets en janvier 1931, le ministère de l'Intérieur rappelle que tous les films sont soumis au visa ministériel, y compris les films à caractère pornographique : « […] les maisons de rendez-vous et de tolérance constituent des lieux publics, dès lors que l'accès en est libre à quiconque désire entrer, quitte à payer un prix spécial pour pénétrer dans une salle de projection ; que par suite, les projections cinématographiques qui y sont données constituent elles-mêmes des représentations publiques […] et qu'en conséquence seuls peuvent y être projetés les films qui ont préalablement reçus le visa ministériel […]. Étant donné que la commission de contrôle ne manquerait pas de refuser les visas dont il s'agit aux films pornographiques, […] indépendamment de l'outrage aux bonnes moeurs, l'autorité judiciaire serait parfaitement fondée à retenir en l'espèce l'infraction au décret qui régit le contrôle et à prononcer les sanctions prévues à l'article 59 de la loi du 19 mars 1928, à savoir une amende de 100 à 5 000 francs et même, le cas échéant, la fermeture temporaire de l'établissement pendant une période de 15 jours à trois mois. »

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