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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

Le blog officiel de la nouvelle collection


Le British Board of Film Classification vient de publier son rapport annuel

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 30 Juillet 2017, 10:52am

Catégories : #censure, #cinéma, #interdiction, #BBFC, #2016, #rapport

Alors qu'en France la commission de classification des œuvres cinématographiques n'a toujours pas publié de rapport d'activité depuis juillet 2013 - le dernier couvrant une période allant de 2010 à 2012 -, le British Board of Film Classification vient de mettre en ligne son rapport annuel pour l'année 2016.

 

On apprend ainsi que 42 films ont été interdits aux moins de 18 ans (contre 61 en 2015) sur 1 075 présentés à la classification du BBFC en 2016. Sur les 8 201 vidéos examinées par le Bureau de classification britannique, 364 ont été classées aux mineurs dont 10 après coupures, et 402 dans la catégorie des œuvres à caractère pornographique dont 66 après la suppression de certaines séquences. A titre de comparaison, sur la même période, la Commission de classification française n'a interdit aucun film aux moins de 18 ans, a classé 6 films aux mineurs de 16 ans, sans aucune coupure, étant précisé que la classification des vidéos est confiée, en France, aux éditeurs privés.

 

Que dit précisément le rapport ?

 

Après avoir rappelé qu'il a pour mission de protéger tous les spectateurs en conciliant la liberté d'expression avec les textes régissant son activité, le BBFC nous apprend qu'aucun film n'a été rejeté en 2016. Le Board nous explique aussi que les films étrangers ont été les plus nombreux à être interdits aux mineurs tels Black (Adil Lel Arbi et Bilall Fallah, 2015), un film belge décrivant le viol collectif d'une adolescente ; United States of Love (Thomasz Wasilewski, 2016), un film polonais qui raconte le désir de quatre femmes dont l'une se fait éjaculer sur le corps par un homme qui se masturbe devant elle ; The Club (Pablo Larrain, 2015), un film chilien qui raconte le viol d'enfants par un prêtre.

 

Quelques réexamens

 

Sollicité à l'occasion d'une nouvelle sortie en salles organisée pour son trentième anniversaire, le BBFC a décidé de maintenir l'interdiction aux moins de 18 ans de Blue Velvet (David Lynch, 1987) en raison de la force de la scène durant laquelle un homme viole une femme sous la menace d'une paire de ciseaux et la frappe au visage.

 

Après l'avoir interdit aux mineurs pour violence sexuelle en 1984 malgré la suppression d'un plan, une interdiction maintenue en 1993 et en 2000, The Mutilator (Buddy Cooper, 1984), toujours interdit aux mineurs, a été autorisé à être exploité dans sa version intégrale. Même chose pour Exterminator 2 (Mark Buntzman, 1984), interdit aux moins de 18 ans et censuré en salles en 1984 puis en vidéo une année plus tard, autorisé dans sa version intégrale - néanmoins interdite aux moins de 18 ans - en raison des nombreux plans de cadavres dont celui d'un homme empalé.

 

En revanche, les films Goodfellas (Les Affranchis, Martin Scorsese, 1990) et The Driller Killer (Abel Ferrara, 1979) réexaminés par le BBFC en 2016, demeurent tous deux interdits aux mineurs. Le BBFC a décidé de maintenir l'interdiction aux moins de 18 ans de Trainspotting (Danny Boyle, 1996) et Sid and Nancy (Alex Cox, 1986) pour leur violence et leur représentation des drogues.

 

Quelques exemples de films interdits en 2016

 

La violence et les scènes gore de Green Room (Jeremy Saulnier, 2016) ont justifié son interdiction aux moins de 18 ans. Le plan réaliste d'un égorgement a conduit le BBFC à interdire Dog Eat Dog aux mineurs. La mise en scène des meurtres de Hardcore Henry (Llya Naishuller, 2016) présentés aux spectateurs du point de vue du tueur, comme dans un jeu vidéo, dont la scène du couteau planté dans l'oeil ou celle présentant la tête d'un homme tranchée en deux, ont motivé son interdiction aux moins de 18 ans. Même restriction pour Rogue Agent (Kai Barry, 2015) et sa scène de torture décrivant les tendons du bras de la victime sectionnés pour la faire parler. Interdiction similaire pour Rattle the Cage (Majid Al Ansari, 2015) et sa séquence sanglante de l'agression d'un policier à la gorge et à l'oreille ; ou encore Pitbull - Nowe porzadki (Patryk Vega, 2016), un film polonais à la violence jugée particulièrement « sadique ».

 

La violence cannibale et nécrophile de Raw (Grave, Julia Ducournau, 2016), dont la séquence du doigt dévoré, a justifié son interdiction à tous les mineurs. Même sanction pour la violence sexuelle, suggérée ou montrée, des films Suburra (Stefano Sollima, 2015), The Greasy Strangler (Jim Hosking, 2016), We are the Flesh (Emiliano Rocha Minter, 2016), Theo and Hugo (Olivier Ducastel et Jacques Martineau, 2016), et des documentaires Mapplethorpe: Look at the Pictures (Ondi Timoner, 2016) et Peter de Rome (Ethan Reid, 2014). Les films Essex Heist (Steve Lawson, 2016), Undercover Hooligan (Nicholas Winter, 2016) et We Still Steal The Old Way (Sasha Bennett, 2014) ont tous été interdits aux mineurs pour les scènes de violence graphique et la dureté des dialogues.

 

Les censeurs britanniques et la loi

 

Le BBFC s'est assuré que les jeunes acteurs du film Bang Gang (Eva Husson, 2015) étaient majeurs au moment du tournage, conformément au Protection of Children Act de 1978. En application du Cinematograph Films (Animals) Act de 1937, le BBFC a maintenu la suppression de la scène du combat entre coqs de Pulimurugan (Vysakh, 2016), déjà exigée en 1975 et en 1989. En revanche, notons que l'abrogation du blasphème par le Criminal Justice and Immigration Act de 2008 a permis au BBFC, après réexamen du film en 2016, d'autoriser la restauration de la scène censurée décrivant un rapport sexuel avec un chapelet dans Multiple Maniacs (John Waters, 1970).

 

Quelques statistiques

 

Le rapport annuel 2016 nous apprend que le nombre d'oeuvres à caractère pornographique présentées au BBFC sur tous types de supports, a diminué de 19 % en 2016 avec 416 travaux classés R18 dont 35 % après censure (soit +22 % de coupures imposées par rapport à 2015). Ce qui signifie qu'au Royaume-Uni, il ne suffit pas qu'une œuvre soit classée X pour être exploitée sans restriction, le BBFC pouvant exiger la suppression de plans et de séquences contraires aux Video Recordings Act de 1984 et 1994, ainsi qu'aux Obscene Publications Acts de 1959 et 1964, des textes qui lui imposent de veiller à ce qu'un film ne puisse occasionner un préjudice quelconque aux spectateurs ou à la société, notamment en encourageant « une vision déshumanisée des autres, l'insensibilité envers les victimes » et le « plaisir dans la douleur et l'humiliation d'autrui ».

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