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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Abdoullaye Diallo raconte la censure de Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 5 Août 2017, 23:50pm

Catégories : #censure, #cinéma, #burkina Faso, #Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo, #Abdoullaye Diallo, #ciné droit libre

Dans un entretien accordé aux Dépêches de Brazzaville, mis en ligne par l'Agence d'Afrique Centrale le 5 août dernier, Abdoullaye Diallo - l'un des fondateurs de Ciné Droit Libre et co-réalisateur du documentaire Une révolution africaine. Les dix jours qui ont fait chuter Blaise Compaoré (Boubacar Sangaré, Gidéon Vink et Abdoullaye Diallo, 2015) dont nous vous parlions sur ce blog le 5 juillet 2017 - raconte l'histoire de la censure de Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo co-réalisé avec Luc Damiba en 2003, un autre documentaire qui raconte l'assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo.

 

Nous choisissons d'en reproduire de larges extraits :

 

D'où vient l’idée du festival Ciné Droit Libre ?

 

L’histoire du festival Ciné Droit Libre est entièrement liée à l'affaire Norbert Zongo. C'est lui qui m’a recruté dans la maison de presse et j'ai travaillé sous sa direction, alors j'étais directement concerné. La maison de presse était une association de la société civile qui s'occupait des relations avec la presse, de défendre la liberté de la presse, de former des journalistes, de renforcer leur capacité à contribuer à la démocratie.

 

Dans mes activités, j'étais souvent en contact avec deux amis : Luc Damiba qui était le coordinateur du réseau national de lutte anti-corruption et Gidéon Vink, coopérant hollandais. Et ensemble on a tourné le documentaire Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo. Le film sort en 2003 et est immédiatement censuré au Burkina. Pour le montrer à la population, nous avons décidé de le donner aux pirates sur le marché pour le multiplier et le diffuser ; ils ont gardé le film deux jours et ils ont refusé ! Ils nous ont expliqué qu’ils ne voulaient pas prendre de risque.

 

Aucune chaîne de télé, aucun cinéma n'a accepté de montrer ce film. Même le CCF a refusé. Le festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) a aussi censuré le film. Mais à cette époque, je dirigeais déjà le centre de presse dénommé Norbert-Zongo et je l'ai programmé « chez moi » pour le « Fespaco off », c’est-à-dire une manifestation privée en marge du festival.

 

Et tous les journalistes invités au Fespaco sont venus chez nous. À 17 heures, notre petit espace était déjà blindé d’un monde fou ! Toute la presse s'est jetée dessus. Ce film parle aux gens et la population burkinabé ne l’avait pas vu. C’était très important pour nous qu'elle le voie et donc nous avons décidé de lancer un festival pour contourner la censure ! Et en juin 2005, nous avons lancé la première édition avec les films censurés au Fespaco. Cette première édition fut un succès avec un nouveau concept : un thème, un film, un débat.

 

Nous avons programmé le film Borry Bana dans la salle du conseil burkinabé des chargeurs (CBC) en face du siège du Fespaco - une salle où le Fespaco programme les séries télé. Mais, à l'époque, j'ai manoeuvré pour atteindre mon but : nous avons signé un contrat avec le CBC pour la location de la salle « pour une projection » - sans préciser de quel film. Contrat signé, l'argent versé le jour de la projection, le directeur apprend que c’est Borry Bana qui est programmé. En colère, il me reproche de l’avoir trompé mais je prétends que je n'étais pas au courant. Il panique complètement et me demande d'annuler et là je lui dis que la loi est de mon côté, que j'ai des avocats, que toute la presse est à mes côtés, qu'il aura une grosse amende à payer et que la presse va le déchirer - il capitule et on projette le film au grand public ! (Abdoulaye rit de bon cœur de ses souvenirs). C'était un triomphe !! Ensuite, on le projette aussi à l'université dans une salle archi-comble : c’était la naissance de Ciné Droit Libre !

 

La suite : ICI.

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