Mis à jour le 12 juin 2018.
Le 9 juin 2017 sur lepoint.fr, Philippe Guedj nous apprend que le 30 mai dernier, un communiqué discrètement posté sur le site du Festival international du film d'animation d'Annecy organisé du 12 au 17 juin 2017, révèle la déprogrammation forcée d'un film d'animation chinois : « Nous sommes dans l'obligation de retirer de notre programmation, suite à une décision qui nous est imposée, le long-métrage Have a Nice Day de Jian Liu, que nous avions retenu pour figurer en compétition lors d'Annecy 2017. » Regrettant des « pressions officielles », les organisateurs espèrent que le public aura malgré tout l'opportunité de découvrir, un jour ou l'autre, ce polar « remarquable » dans lequel un chauffeur est pris en chasse par des tueurs pour avoir dérobé à son patron de quoi améliorer l'opération de chirurgie esthétique ratée de sa compagne.
« C'est une décision qui nous attriste et porte ombrage à l'hommage que nous rendons au cinéma d'animation chinois », regrette Marcel Jean, le délégué artistique du festival. « C'est en plus une censure qui va certainement davantage attirer l'attention sur le film interdit, alors que tout se serait sûrement passé plus calmement si les autorités locales nous avaient laissés le projeter. » Que s'est-il passé exactement ? Le cinéaste victime de cette déprogrammation agace visiblement au plus haut point le régime de Pékin : « Quand nous avons commencé nos discussions avec le Bureau du cinéma chinois (BCC) dans le cadre de notre hommage, il nous avait déjà demandé de déprogrammer un autre film de Jian Liu que nous voulions rediffuser, Piercing I, son premier long métrage, pourtant déjà projeté ici en 2010. Leur motif : ce film a un contenu inapproprié », raconte Marcel Jean. « Nous étions à un stade très précoce d'organisation de l'édition 2017 et ça nous a semblé une concession acceptable. Quand ils ont vu, quelques semaines plus tard, que nous souhaitions aussi programmer Have a Nice Day en compétition, après son passage au Festival de Berlin, ils nous ont aussi demandé de le retirer » en arguant de « l'absence de visa du film en Chine ».
Alors qu'au départ le festival refuse de plier malgré « un durcissement du ton » au fil des courriels, son directeur a fini pas céder quand Nezha, l'une des deux sociétés de production, a elle-même demandé le retrait du film : « Lorsque l'ayant droit lui-même souhaite une déprogrammation, c'est très difficile de dire non [...]. Et, de toute façon, il n'est pas question de mettre en péril dans leur propre pays la sécurité des artistes et des producteurs, qui sont plus vulnérables que nous. »
Philippe Guedj nous rappelle enfin que le BCC n'en est pas à ses premiers faits d'armes puisque déjà en 2006, le Festival international du film de Cannes avait dû exclure de sa compétition officielle le film Une jeunesse chinoise (Summer Palace, Lou Ye, 2006).
Le film a été projeté le 11 juin 2018 en séance spéciale au Festival du film d'animation d'Annecy et sortira mercredi 20 juin 2018 sur les écrans français sans restriction.