Ça y est, la nouvelle est tombée comme nous le confirme l'article posté sur le blog ecrannoir.fr le 7 décembre dernier :
« C'est officiel : Le Beverley fermera en fin d'année. C'était le dernier cinéma X de la capitale, dans le 2e arrondissement. Le patron part à la retraite. Maurice Larcohe dirige ce mono-salle dédié au X depuis 34 ans. Les clients se sont faits rares. Rarement plus de 500 par semaine. Et pourtant, avec un ticket d'entrée à 12€, cela rendait l'affaire intéressante avec 300 000€ de chiffre d'affaires. M'enfin, les beaux jours sont loin quand, dans les années 1980-1990, le cinéma accueillait plus de 1 500 spectateurs par semaine. Il faut dire que les clients ont vieilli aussi. Les trois quarts ont la carte senior. La salle aux fauteuils en skaï rouges (ça se nettoie plus facilement, même si des kleenex sont vendus comme d'autres proposent du pop corn) ont du en voir... C'est désormais un vestige, dernier survivant des 44 cinémas X de Paris. »
Il ne restera donc plus aucun cinéma porno, plus aucune salle spécialisée en France. Mais alors, quelles en seront les conséquences ?
Le 30 décembre 1975, après des débats houleux à l'Assemblée nationale, le législateur autorise pour la première fois la projection libre et intégrale de films à caractère pornographique en contrepartie d'un classement spécifique – que les médias qualifieront de X par analogie avec la classification anglo-américain – impliquant certaines obligations dont l'interdiction de représentation aux mineurs et leur projection obligatoire dans des salles spécialisées. L'arrêté du 16 février 1976, pris pour application du décret du 6 janvier 1976 relatif au soutien financier de l’État à l'industrie cinématographique, réglemente la notion de salles spécialisées. Disposant d'un régime juridique et fiscal défavorable, ces dernières sont autorisées à projeter des œuvres pornographiques inscrites par décision ministérielle moyennant une lourde pénalisation fiscale.
A partir de 1980, les salles spécialisées parisiennes cessent progressivement de projeter en 35 mm et choisissent de se reconvertir dans la vidéoprojection, à l'époque épargnée par le fisc. En 2017, on ne recense plus qu'une seule salle spécialisée sur la capitale, Le Beverley, contre une quinzaine au début des années 1990 et plus de 160 en 1979.
Pourtant, l'article R.211-12-5° du Code du cinéma et de l'image animée dispose que le ministre de la Culture peut toujours interdire un film « aux mineurs de dix-huit ans avec inscription de l'œuvre ou du document sur la liste prévue à l'article L. 311-2 » du même code, c'est-à-dire qu'il peut classer une œuvre de cinéma dans la catégorie des films à caractère pornographique, une œuvre qui ne pourrait être théoriquement exploitée que dans une (des) salle(s) spécialisée(s).
Si les derniers classements pornographiques du ministre de la Culture pour une exploitation en salles remontent à 1996 et concernent une série de courts métrages, que se passerait-il demain en cas de nouveau classement X ?
En l'absence de salles spécialisées au 1er janvier 2018, on peut supposer qu'une telle classification équivaudrait à interdire totalement de facto une œuvre de cinéma ainsi classée par le ministère même si juridiquement, la diffusion d'un film à caractère pornographique par l'exploitant d'une salle non spécialisée est théoriquement possible, une telle projection pouvant cependant entraîner la perte du soutien financier, temporairement ou définitivement, en considération du nombre de séances programmées par le cinéma.
Faut-il alors désormais abroger les dispositions de l'article R.211-12-5° du Code du cinéma comme le suggérait déjà en 1993 sur Europe 1 l'ancien ministre de la Culture Jack Lang ? La question reste et mérite d'être posée.