On apprend aujourd'hui que le film iranien Delighted (Abdolreza Kahani, 2016), qui devait être projeté le 24 novembre 2017 dans un théâtre indépendant à Toronto au Canada, a été déprogrammé par son réalisateur sous la pression du ministère de la Culture iranien. Une source proche de l'équipe de production a expliqué qu'un responsable du ministère avait « averti » le cinéaste que s’il montrait son film à Toronto, son prochain long métrage We Like You Mrs Yaya (2018) ne serait pas autorisé à être exploité en Iran. Jugé « immoral » par les autorités politiques, Delighted raconte l'histoire de trois femmes qui essaient de rencontrer des hommes riches pour passer du bon temps. Choqué par le procédé, le critique cinématographique Khosro Dehghan a déclaré que la décision du ministère de la Culture était sans précédent, et d'ajouter que « le ministère a maintenant étendu son influence au-delà des frontières de l'Iran ».
On se souvient que le cinéaste Jafar Panahi, condamné à six ans de prison et à vingt ans d'interdiction d'exercer en 2010, était parvenu à faire projeter Taxi, réalisé clandestinement dans les rues de Téhéran, au Festival international du film de Berlin en 2015 pour lequel il a reçu l'Ours d'or.
Dans le même temps, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof - qui a déjà été condamné avec Jafar Panahi en mars 2010 - a révélé le 23 décembre 2017 qu'il n'avait désormais ni le droit de quitter l'Iran, ni le droit de faire des films dans son pays : « Dès mon arrivée à l'aéroport international de Téhéran en septembre 2017 [après avoir remporté le prix Un Certain Regard au festival international du film de Cannes pour A Man of Integrity qui parle de la corruption en République islamique], deux personnes sont venues me voir au point de contrôle des passeports et m'ont emmené dans une pièce où elles ont confisqué mes papiers et mes affaires. […] Deux heures plus tard, elles m'ont rendu mes effets personnels mais ont gardé mon passeport en m'expliquant que je devais comparaître devant la Cour de la culture et des médias. Ce qui n'a finalement pas eu lieu. » Le site insideofiran.org publie la suite de l'entretien donné par le cinéaste : « Le 3 octobre, j'ai été interrogé pendant plus de quatre heures par trois personnes qui m'ont posé des questions sur tous mes films dont A Man of Integrity et Manuscripts don’t Burn. […] Il est devenu clair que ces hommes appartenaient au Islamic Revolutionary Guards Corps’ (IRGC), c'est-à-dire aux services de renseignements iraniens. Ils m'ont accusé de « collusion contre la sécurité nationale » et de « propagande contre l'État ». Mohammad Rasoulof termine sa longue interview en affirmant que le producteur Kaveh Farnam, qui a travaillé sur A Man of Integrity, n'a lui aussi plus le droit de quitter l'Iran.