Le 22 octobre 2025, les projections de Sacré Cœur, un docu-fiction réalisé par Steven et Sabrina J. Gunnell sur les apparitions du Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1673-1675), initialement programmées jusqu'au 28 octobre au château de La Buzine à Marseille (Bouche-du-Rhône) – lieu culturel de la ville qui abrite notamment la Maison des cinématographies de la Méditerranée et une salle de cinéma –, sont annulées dont la première moins d’une heure avant le début de la séance par la municipalité, au nom du « principe de laïcité ».
« On censure ce film, ça fait mal. On est tristes pour les personnes à qui on a refusé l’accès », déplorent les réalisateurs. « Je ressens de l’écœurement et du dégoût… Le monde du cinéma souffre et ce film est une bénédiction : beaucoup de cinémas nous le disent. Alors, pourquoi l’empêcher ? », précise Steven Gunnell.
Très vite, des élus de droite et d'extrême droite dénoncent une véritable censure. Martine Vassal, présidente (Divers droite) de la Métropole Aix-Marseille-Provence, ne comprend pas cette décision : « Marseille, c’est la Bonne Mère, le Sacré-Cœur, nos églises. Interdire au nom d’une laïcité dévoyée, c’est renier notre histoire. »
Invoquant un devoir de neutralité, la mairie phocéenne ne souhaite pas que Sacré Cœur soit projeté au sein d'un édifice qui lui appartient. Dans un communiqué du 23 octobre, la ville se justifie : la décision de ne pas maintenir la séance « dans un équipement municipal » procède de « l’application absolue de la loi et des jurisprudences constantes en la matière […] ; les services municipaux « sont strictement tenus d’appliquer la loi de 1905 : un équipement public ne peut accueillir des projections qui, par leur caractère ou leur contenu, soient de nature confessionnelle […]. Il ne s’agit en aucun cas d’une interdiction du film Sacré Cœur à Marseille. Celui-ci est projeté dans des cinémas, où chacun peut librement aller le voir. Le cinéma Pathé Madeleine en propose une diffusion chaque jour. »
Le communiqué insiste, expliquant que l’annulation « n’a rien à voir avec une appréciation du film ni une volonté de restreindre la liberté d’expression ou de création », mais « répond uniquement à une exigence juridique pour toutes les œuvres diffusées dans les lieux publics », rappelant même « qu’à l’instar de la SNCF ou de la RATP », d’autres institutions publiques ont déjà appliqué « le principe de laïcité » dans ce dossier.
« Nous ne comprenons pas cet argumentaire de la ville de Marseille qui invoque le principe de la laïcité », explique Me Grégoire Belmont, l’avocat des réalisateurs et du sénateur Stéphane Ravier (Reconquête), qui a déposé un référé-liberté le 24 octobre « pour atteinte à la liberté d’expression, atteinte à la liberté de création artistique et atteinte à la liberté de réunion ». Contactée, la mairie de Marseille confirme avoir été notifiée du recours dont l’audience se tiendra ce samedi à 11 heures. Précisions que le référé-liberté est une procédure qui permet de demander au juge des référés de prendre, en urgence, des mesures pour préserver une liberté fondamentale.
En salles depuis le 1er octobre 2025, Sacré Cœur a été classé pour tous publics.