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DARKNESS, CENSURE ET CINEMA

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Le coup de gueule d'Ovidie avec quelques précisions juridiques censurées par metronews.fr !

Publié par darkness-fanzine.over-blog.com sur 2 Juillet 2015, 20:55pm

Catégories : #ovidie, #love, #censure, #ticket de métro, #interdiction, #moins de 18 ans

Le coup de gueule d'Ovidie avec quelques précisions juridiques censurées par metronews.fr !

Extrait de l'article d'Ovidie publié sur metronews.fr sur son blog le 2 juillet dernier :

Interdiction -16, -18, X : une classification hypocrite et obsolète

C’est officiel, après quelques jours de polémique, le film Love de Gaspar Noé ne sera pas interdit aux moins de 18 ans mais au moins de 16. L’occasion de se pencher sur un système de classification des oeuvres totalement obsolète et surtout très hypocrite.

« Ouais allo, j’ai une question à te poser. Je suis en train de monter ta version soft du Baiser, et je suis embêté. Un moment y’a une des filles qui suce un gode-ceinture. Bon, c’est jamais qu’un bout de plastique. Mais tu crois que ça passe en -16 ? « Je monte toujours seule mes films en version -18, et j’avoue que j’accorde peu d’importance aux versions -16 que j’envisage bien souvent comme des versions tronquées. Aussi, je délègue habituellement le montage de ce que l’on appelle « le soft » qui me semble être une catégorie difficilement cernable. « Je ne sais pas… Je ne sais plus ça ne veut tellement plus rien dire ce système de catégories. Je vais appeler Canal+« . Me voilà donc en train d’appeler Henri Gigoux, responsable historique des contenus de catégorie 5 chez Canal +, c’est probablement lui qui détient le plus de savoir en la matière. « Alors Henri t’en penses quoi ? Gode ou pas gode ?« . (Hésitation de quelques secondes) « Je pense que ça passe. Sur ce film-là qui est un film avec un propos et pas un porno de base, ça se défend« . Mais ce cas d’école a donné lieu entre lui et moi à une conversation autour du système de classification, de ses éventuelles lacunes, et de la polémique qui a entouré Love.

Un décalage entre la classification du CNC et du CSA

Pour bien comprendre le problème, il faut savoir qu’à l’origine, les oeuvres cinéma étaient divisées en trois catégories : -13, -18, et X. Puis au début des années 80, cette classification du CNC s’est transformée en -12, -16, et X. Le CSA, pour la diffusion des oeuvres à la télévision, s’est calqué sur ce système en créant une catégorie 3 pour programmes -12, une catégorie 4 pour les programmes -16, et une catégorie 5 pour les programmes X. Sauf qu’entre temps il y a eu « l’affaire Baise-moi ». Rappelez-vous, nous sommes en 2000, le film de Virginie Despentes et de Coralie Trinh Thi obtient une classification -16 du CNC, au même titre que, par exemple, Romance X de Catherine Breillat qui contenait également des images explicites. Jusqu’à ce qu’une association catholique saisisse le Conseil d’État et obtienne une classification X de l’œuvre, condamnant ainsi l’exploitation en salle. Pour pallier à cette injustice face à un film qui n’avait strictement rien à faire parmi les films pornographiques, le CNC a créé en 2001 une nouvelle classification, la -18. Nous avons donc aujourd’hui concernant les programmes explicites trois catégories : -16, -18, et X.

Le vrai problème est que le CSA est resté bloqué sur les deux seules catégories 4 et 5, sans créer ce que l’on pourrait appeler une « 4 bis » qui regrouperait les œuvres qui devraient en théorie être interdites aux mineurs mais qui ont une prétention artistique et narrative qui font qu’ils ne peuvent être traités de la même manière que l’ensemble de la production pornographique mainstream. Ces films, que le CNC classe parfois -18 ne devraient pas subir les mêmes réglementations que les films X. Concrètement à l’heure actuelle, peu de chaînes conventionnées sont autorisées à diffuser des programmes de catégorie 5. Canal + premium propose 40 cases par an, Canal + décalé peut en proposer 52 au maximum, et Ciné+ frisson et Ciné max Orange ont également la possibilité d’en diffuser (pour rappel en 2014 78 milliards de vidéos ont été visionnées rien que sur le site Pornhub. Je pose ça là.). Ces programmes doivent être programmés uniquement entre minuit et 5H du matin, avec double-cryptage, signalétique -18 et carton faisant mention de sa « dangerosité », et contrôle parental activé uniquement à la demande de l’abonné. La chaîne n’a en aucun cas le droit de faire la promotion des programmes de catégorie 5.

Quelles auraient été les conséquences si Love avait été classé -18 ?

Tout cela explique le vent de panique qui a soufflé sur Wild Bunch quand il a été question que la ministre de la culture Fleur Pellerin décide d’une classification -18 du film. Car concrètement, financièrement, être classé -16 ou -18, ce n’est pas tout à fait la même limonade. Si Love de Gaspar Noé avait été classé -18, il aurait subi les mêmes sanctions que les films de catégorie 5 (double-cryptage et tout le tralala, pas de diffusion sur d’autres chaînes possibles que celles mentionnées). Il aurait néanmoins pu être exploité en salle (contrairement aux films X qui eux sont exclus de toute exploitation, les salles X n’existant plus).

Dans les faits, qu’est-ce qui distingue réellement les classements -16, -18, et X ? C’est là où les choses se compliquent car, objectivement, rien du tout. Cela dépend de l’appréciation subjective des membres de la commission. Vous avez beaucoup aimé le film ? -16. Vous avez moyennement aimé le film mais vous estimez que son propos, sa narration, et sa qualité artistique dépasse les films porno de base ? -18. Une ou plusieurs personnes du films à la production ou à la réalisation sont également impliquées dans l’industrie du porno ? Alors X. Un membre de la commission de classification m’a confié également que certains membres de la classification se sont « endurcis » avec le temps. Il me mentionne le cas du film de Sergio Leone Il était une fois en Amérique, autrefois classé « tout public », ressorti récemment en version augmentée de quelques minutes (de dialogues) en version -12, car la question du viol choquait certains membres de la commission. C’est bien la preuve que l’appréciation du CNC varie en fonction de l’époque et ne va pas toujours forcément dans le sens d’une plus grande ouverture d’esprit.

Une classification floue et hypocrite

Mais la vraie question, et je n’en démords pas, est celle du milieu social dans lequel est produite l’œuvre. En 2009, j’ai fait le test de proposer un film à la commission de classification du CNC en vue d’une obtention d’un visa -18. Symboliquement cela signifiait que j’estimais que le film devait certes être interdit aux mineurs, mais qu’il se distinguait des productions X habituelles, dans le sens où, bien que réalisé avec un budget bien inférieur à ce qui se pratique dans l’industrie du cinéma, il avait été tourné en près d’un mois et son scénario contenait une centaine de pages. Il ne s’agissait pas d’un film à visée masturbatoire. Le film valait ce qu’il valait, il avait certes un côté sitcomesque, j’estime que j’ai fait bien mieux depuis, il n’empêche que cela méritait objectivement un classement -18. Il a pourtant été classé X, et par conséquent tout bonnement interdit en salle. On m’a rapporté par la suite qu’un des membres de la commission avait dit que le plus pornographique dans le film était mon nom au générique.

La suite de l'article : ICI.

Le commentaire ci-dessous posté sous le billet d'Ovidie, a été rejeté par le modérateur du site.

Quelques précisions juridiques. La nouvelle classification des films (-12, -16 et X) a été créée par Jack Lang en février 1990. La catégorie V mise en place par le CSA en 1996 concerne les films interdits aux mineurs, les programmes pornographiques ou de très grande violence. Si le cinéma "Le Beverley" à Paris est la dernière salle spécialisée en France, les salles "conventionnelles" peuvent en théorie le faire à titre exceptionnel si l'on se réfère à l'arrêté du 16 février 1976 qui réglemente la notion de salles spécialisées, en considération du nombre de séances programmées. Certaines salles d'art et essai aussi. Notons que la Cinémathèque française le fait de temps en temps. Concernant l'avis de la Commission, il est effectivement subjectif et livré en fonction d'un débat et d'un vote. Les professionnels du cinéma y sont représentés. Pour ce qui concerne "Histoires de sexe(s)" réalisé par Ovidie et Jack Tyler, précisons que si la Commission a proposé une classification dans la catégorie des films à caractère pornographique, il n'a jamais été classé X par le ministre, le distributeur ayant retiré sa demande de visa après discussion avec le ministère de la Culture.

Commenter cet article

Kris 09/07/2015 19:34

La classification des films pour une sortie au cinéma est inadaptée depuis bien longtemps c'est certains.
Même avant la banalisation de l'utilisation d'Internet, il n'était pas bien difficile de se procurer des films ou magazines réservés aux adultes. Le problème n'est pas non plus le choix fait par le ministère de la culture ou un juge sur une telle classification mais la manière dont la loi a été rédigée (article 227-24 du code pénal notamment) . Le problème est : que faire ? On ne peut pas non plus abroger cette article comme ça, les conséquences pourraient être graves et la protection des mineurs est un sujet politique très sensible. Si on réécrit cet article mais comment ?? En tout cas, j'espère qu'un débat la dessus va être réouvert bientôt (surtout au niveau politique)

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